Présentation de la Gestalt-thérapie - René Cousein - Psychotérapeute - Gestalt-thérapeute- Superviseur

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Par son approche processuelle dans le présent du phénomène vécu,
la Gestalt amène à l’unité.

Ce n’est pas l’interne ou l’externe qui sont sources de la souffrance,
mais le processus actuel que le sujet vit à la frontière contact, organisme-environnement dans un champ complexe où l’interne et l’externe sont présents.
 La Gestalt considère que l’individu n’est ainsi jamais seul porteur d’une souffrance, mais que cette souffrance est vécue dans un type particulier de rapport avec autrui.La gestalt se trouve ainsi au cœur de toutes les dimensions de l’homme (Physique, affective, rationnelle, sociale, spirituelle), elle les prend toutes en compte, ainsi que les contraintes existentielles (la finitude,
la solitude, la perfection, la responsabilité, l’absurde) qui le confrontent à ses limites, mais aussi aux limites de l’environnement dans lequel il évolue.
Mais elle n’appréhende pas l’homme dans ses limites et ses déterminismes,
elle cherche à accroître son champ de liberté et son pouvoir de décision.
LA THÉORIE DU SELF

« Le contact entre l’organisme et l’environnement est la réalité première la plus simple. »
« Le rapport organisme humain et environnement n’est, naturellement, pas seulement physique mais aussi social. Aussi, dans toute étude de l’homme, telle que la physiologie, la psychologie ou la psychothérapie, devons-nous parler d’un champs dans lequel interagissent au moins les facteurs socioculturels, animaux, et physiques. L’approche de ce livre est « unitaire », dans ce sens que nous essayons, de manière détaillée, de considérer chaque problème dans un champ social, animal et physique. de ce point de vue, par exemple, on ne peut regarder les facteurs historiques et culturels comme des éléments compliquant ou modifiant les conditions d’une situation biophysique plus simple, mais comme intrinsèques à la manière dont tout problème se présente à nous. »
« La psychologie étudie l’opération de la frontière contact dans le champ organisme-environnement. »
« La frontière contact où se situe l’expérience ne sépare pas l’organisme de son environnement : elle délimite plutôt l’organisme, le contient et le protège, et en même temps touche l’environnement. En d’autres termes, qui pourront sembler étranges, la frontière contact - ... - n’est pas tant une partie de l’organisme qu’essentiellement l’organe d’une relation particulière entre l’organisme et l’environnement. »
« Le contact, c’est la prise de conscience du champs ou la réponse motrice dans le champ. »
« Le contact, c’est la prise de conscience de la nouveauté assimilable et le comportement adopté envers elle : c’est aussi le rejet de la nouveauté inassimilable. »
« Tout contact est donc un ajustement créateur de l’organisme et de l’environnement. »
« Le contact, le travail qui résulte dans l’assimilation et la croissance, est la formation d’une figure se détachant d’un fond ou contexte : le champ de l’organisme-environnement. »
« La psychologie est l’étude des ajustements créateurs. »
« La psychologie pathologique, c’est l’étude de l’interruption, de l’inhibition ou autres accidents dans le cours de l’ajustement créateur. »
« Le système complexe de contacts nécessaires pour l’ajustement dans un champ difficile, nous l’appelons le self. »
Le self, pour la gestalt, rend compte de la personne prise comme totalité, il rend compte de notre existence psychologique, il est le processus par lequel nous créons  « contact » avec notre environnement.
Le self est contact, son activité est la formation d’une figure d’intérêt sur un fond disponible. Une de ses caractéristiques est la formation et la destruction des gestalts.
Le self est le système par lequel l’organisme s’ajuste à chaque instant dans un champ organisme-environnement.
Le self est le processus fonctionnant pour le développement de notre organisme.
Le self est notre manière particulière d’être engagé dans le processus de contact, c’est « nous dans le processus ».
Le self est unitaire, toutes les dimensions de l’homme y sont présentes et non séparées.
Le self ne peut être appréhendé que dans l’expérience car il n’existe, ne s’actualise que dans le contact. C’est en quelque sorte une virtualité, une abstraction, il ne possède pas de réalité objective, matérielle.
Le self, mécanisme qui conduit à l’ajustement créateur dans le champ organisme-environnement, est essentiellement un processus temporel qui se déroule suivant un cycle : le cycle de l’expérience.
Cette approche du self, basée sur les notions de contact, de champ, de frontière contact et de formation, destruction des gestalts, doit être complétée par:
les registres ou fonctions du self
les diverses représentations du cycle de contact ou de l’expérience
les résistances ou mécanismes de défense.
Les registres ou fonctions
Le self, défini comme processus d’ajustement créateur dans un champ organisme-environnement, se manifeste dans son déploiement tout au long du cycle de l’expérience sous des aspects différenciés qui sont les registres ou fonctions. Registres ou fonctions qui sont indissociables, les unes apparaissant seulement de manière privilégiée à un instant de l’expérience, par rapport au autres. Concrètement le ça, le moi, le mode moyen et la personnalité représentent les stades majeurs de l’ajustement créateur.

Le registre du ça
C’est un registre où le corps occupe le premier plan, les mouvements sont suspendus, il constitue le fond.
Les frontières de l’organisme sont floues, indifférenciées, c’est un état de confluence avec l’environnement. Cet état s’accompagne d’un sentiment de symbiose. Dans ce registre le self est passif, Il peut être fragmenté et irrationnel quand les désirs et pulsions sont multiples et non différenciés.
L’émergence s’effectue sur le registre du ça, « ça m’arrive »,  et le self identifie les pulsions, les désirs et les traite sous le registre du moi.

Le registre du moi
Ce registre identifie les pulsions, les désirs, il est le siège de l’élaboration des choix, des prises de décision.
Dans ce registre le self est actif, c’est l’espace où discrimination, identification et aliénation des désirs s’effectuent, c’est le choix de la figure par rapport au fond.
La frontière contact est très clairement perçue et l’organisme peut ressentir un certain isolement, il y a séparation d’avec d’autre choix possible.
Ce registre est très actif, agressif sur le plan moteur et prend le pas sur le registre du ça après l’émergence des désirs, des pulsions, lors de l’orientation.
Les choix et prises de décisions s’effectuent en fonction de ce qui émerge (registre du ça) et de mon expérience acquise (registre de la personnalité).

Le mode moyen
Ce mode de fonctionnement du self est actif et passif à la fois, il est de voix moyenne.
C’est le lâcher prise au moment de l’accomplissement, l’écoulement énergétique est libre, l’action est unifiée et spontanée le mouvement est à prédominance active et la perception à dominance passive.
C’est le plein contact, dans cette expérience, organisme et environnement sont à la fois réunis et distincts.

Le registre de la personnalité
Pour Perls et Goodman, la personnalité c’est la structure du self, c’est l’hypothèse de ce que l’on est, la base à partir de laquelle on expliquerait son comportement. cette structure se construit comme la mémoire assimilé, intégrée des expériences antérieures du self.
La personnalité, n’est pas fixe, elle est adaptative, elle est plus stable et dispose donc d’une certaine solidité, elle est responsable, c’est l’image de soi.
La personnalité est variable, multiple en fonction du champ (comme professionnel, comme compagnon, comme ami...).
Pour Salathé, il y a trois registres majeurs: ça, moi et le mode moyen et une structure d’un ordre différent: la personnalité. La personnalité, c’est la structure qui va étayer le fonctionnement du self dans ses différents registres lors du développement du cycle de contact.
C’est elle qui construit mon identité, et me permet de me développer par l’assimilation.
Les diverses représentations du cycle de contact ou de l’expérience
Le cycle du contact, découle de l’approche du self comme processus temporel. c’est le cycle de satisfaction des besoins et de nombreux auteurs ont recherché à définir les différents stades du contact.
Il s’agit toujours du processus qui décrit l’émergence d’un besoin, de comment il se développe, trouve satisfaction et de comment il disparaît pour laisser place à une nouvelle émergence.
Perls et Goodman ont décrit quatre phases principales:

Le pré-contact
Cette phase d’émergence d’un nouveau besoin est précédée de l’existence d’un fond indifférencié, calme, et de réceptivité flottante aux sollicitations éventuelles. De ce fond, où sensations et besoins divers peuvent être présents, un stimulus précis devient figure et cette figure se détache progressivement du fond.
C’est l’émergence d’un besoin.

La prise de contact
Cette phase est en prise sur le désir, elle est active, mobilise l’énergie pour passer à l’action.
Cette phase nécessite d’effectuer le choix de satisfaire le besoin qui a émergé, elle engage la responsabilité.

Le plein contact
C’est la période d’accomplissement durant laquelle l’énergie se décharge. sa finalité est la satisfaction du désir, il y a adéquation entre perception, choix et actions

Le post-contact
C’est la phase de retrait et d’assimilation, d’intégration de l’expérience de contact.
Le self perd de son acuité, le cycle s’achève et le sujet se retrouve disponible pour l’émergence d’une autre figure
D’autres auteurs ont découpé ce cycle de contact de manière différentes:
Ginger, en cinq étapes : pré-contact, engagement, contact, désengagement, assimilation.
Katzeff, en sept étapes : sensation, prise de conscience, énergétisation, action, contact, accomplissement, retrait.
Zinker, en six étapes : sensation, awareness, énergétisation , action, contact, retrait.
Salathé, en trois étapes  : émergence, contact, retrait et il décomposé le contact en awareness, orientation, accomplissement. Il décompose ensuite l’awareness en désir, excitation; l’orientation en action, interaction.
L’intérêt principal de ces différentes représentations du cycle de contact et de ces découpages particuliers réside dans la manière particulière d’appréhender la phase du cycle où se produit les interruptions.
Les résistances ou mécanismes de défenses
Les résistances sont les mécanismes de régulation du contact, elle sont présentes dans toutes les phases du cycle de contact.
Elle peuvent interrompre le cycle de contact de façon saine ou pathologique.
L’interruption saine, débouche sur une réorganisation du champ et donc sur un nouvel ajustement créateur dans un autre cycle du contact.
L’interruption pathologique, débouche sur une situation inachevée et engendre le renouvellement inconscient de tentative de bouclage.
Leurs significations se présentent :
- dans le comportement (le sujet agit de la sorte)
- dans la configuration de la frontière contact
- dans la phase d’interruption du cycle
- dans le mode de fonctionnement du self (ça, moi, mode moyen, personnalité)
Les principales résistances sont très bien illustrées par Serge Ginger dans une représentation sous forme de tableau : Figure N° 1 et Figure N° 2.

Figure N°1
La confluence
C’est une situation de non contact, il n’y a plus de frontière distincte entre organisme et environnement. « C’est un état où la frontière contact est peu perçue. » Il y a confusion entre organisme et environnement, fusion, symbiose, homogénéisation du champ, alors qu’il existe une différence. C’est l’indifférenciation de la figure et du fond.
Le plus couramment, c’est le maintien du retrait où il y a absence de prise de conscience du nouveau désir.

L’introjection
Elle renvoie à toutes les introjections parentales, sociales, culturelles qui ont été ingurgitées sans examen critique, sans savoir si cela convenait ou pas. Elle est la cause de l’incapacité à discriminer, de savoir par soi-même.
L’introjection est également le mode d’apprentissage efficace, quand il correspond, quand il s’avère en adéquation avec les besoins.
L’assimilation est la manière de discriminer dans l’environnement ce qui est nécessaire pour se développer, contrairement à l’introjection qui évite la déstructuration nécessaire et indispensable.
La projection
Elle est l’envers de l’introjection, c’est attribuer à l’extérieur, l’environnement, ce qui nous appartient. Dans la projection, l’environnement est rendu responsable de ce qui a son origine dans le sujet. Le sujet perçoit l’environnement, non dans sa réalité, mais dans ce qu’il imagine.
Il y a distorsion de la frontière contact, l’organisme envahit l’environnement.
Il faut noter que la projection, la perception teintée de notre imaginaire, n’est pas obligatoirement une fausse perception, et qu’elle est à la source de nombreuses créations, littéraires, plastiques, picturales, rêves...

La rétroflexion
Elle consiste en un évitement de l’interaction, à retourner contre soi l’énergie mobilisée. La personne substitue à l’environnement une partie d’elle-même.
Elle s’exprime sous deux formes :
faire à soi-même ce que l’on voudrait faire à l’autre,
faire à soi-même ce que l’on voudrait que l’autre nous fasse.
C’est un processus très usité pour le contrôle de soi, particulièrement en ce qui concerne l’expression de l’agressivité et des pulsions sexuelles.

La déflexion
Elle permet d’éviter le contact direct, de réduire son intensité. C’est un mécanisme d’évitement, de déviation, de diversion.
Cela peut être un mécanisme d’adaptation dans des situations de contact difficiles. S’il est utilisé de manière systématique et non appropriée, il ne permet plus aucun contact véritable.
          
    Figure N° 2

La proflexion
C’est le mécanisme qui consiste à faire à autrui, ce que l’on voudrait qu’il nous fasse. c’est une manière d’attendre une réponse désirée, sans avoir à en effectuer la demande (explicite).
C’est une manière de chercher dans l’environnement une réponse désirée, caractérisée par une forme de non contact avec ses propres ressources.

L’égotisme
Dans l’égotisme, il y a renforcement, rigidification de la frontière : séparation de l’organisme et de l’environnement.
Cela se manifeste par le besoin de contrôler les variables de la situation (awareness avec ses propres processus d’ajustement) et cela réduit les possibilités de passage de l’action à l’interaction. Il n’y a pas le lâcher prise nécessaire pour permettre le passage au mode moyen.
C’est parfois une phase nécessaire de « récupération narcissique » au cours du parcours thérapeutique.
Les mécanismes de défense, ou résistances exposés, s’ils sont mis en oeuvre de manière délibérée et accessible à la conscience, ne peuvent être considérés comme pathologique, mais seulement comme des modalités intentionnelles de gestion du contact (même s’ils peuvent être considérés comme inappropriés dans une situation particulière).

PERLS (F.), HEFFERLINE (R.E.), GOODMAN (P.), Gestalt thérapie, Vers une théorie du Self: nouveauté, excitation, croissance, Montréal, Stanké, 1981.
LATNER J., La Gestalt-thérapie, Théorie et méthode, IFGT, Bordeaux, 1991
GINGER S., La Gestalt, une thérapie du contact, Hommes et Groupes, Paris, 1990
SALATHE N.K., Psychothérapie existentielle, IPGE, Genève, 1995
 
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